Le point sellier
Cuir pleine fleur tanné à l'ancienne en Touraine, piqué à la main, point après point, par une sellière formée cinq années durant dans notre atelier du 7e.
« J'ai grandi dans l'atelier de ma grand-mère. Le dimanche matin, j'allais y respirer l'odeur du cuir et du cirage, et regarder les coutures avancer, patientes, d'un point à l'autre. Ce que nous faisons ici n'a pas changé : des objets justes, faits pour durer, faits pour être réparés, et transmis. Rien ne presse — tout prend le temps du geste. »
Cuir pleine fleur tanné à l'ancienne en Touraine, piqué à la main, point après point, par une sellière formée cinq années durant dans notre atelier du 7e.
Une vingtaine de passages de couleur sur crépon de soie 90 × 90, imprimé rue Mercière à Lyon, roulotté main dans les faubourgs de Paris.
Quatre essayages, deux à trois mois de travail : coupe classique sur laine anglaise ou drap d'Alsace, boutonnières main, doublure cupro.
Certaines de nos formes — le sac Sophie, la minaudière Odette, le carré « Automne 1952 » — n'ont pas changé depuis trois générations.
Dessiné en 1923 par Sophie Château pour sa tournée au Bon Marché, le sac qui porte son prénom n'a pas changé depuis trois générations. Coupé dans un cuir de vachette pleine fleur tanné à l'ancienne en Touraine, cousu à la main au point sellier de lin ciré, il est monté sur une carcasse de carton-cuir qui lui garde sa forme jusqu'à la fin.
Fermoir en laiton tourné au Marais, piqué pivotant en maillechort, doublure en agneau glacé, trois poches intérieures à soufflets, un petit miroir encastré dans le rabat. Chaque sac demande entre dix-huit et vingt heures de travail à une sellière expérimentée ; il est livré dans une pochette de flanelle et une boîte cartonnée frappée du sceau de la maison.
On ne devient pas sellière à la maison en un an, ni en deux. Les nouvelles venues passent d'abord six mois à couper les cuirs, à l'écoute d'une voix plus ancienne qui leur dit — non, recoupe ; oui, celui-là ; regarde le grain. Puis viennent la piqûre, le rabattage, le montage, la pose des fermoirs. Le premier sac signé de leur main n'est livré qu'à la fin de la cinquième année.
Dix apprentis par promotion, enseignement gratuit, contrat à durée indéterminée dès le premier jour. La plupart restent. Quelques-unes partent ouvrir ailleurs — nous leur souhaitons, toujours, d'excellents pavés.
L'atelier ne ferme pas au mois d'août : on y travaille les commandes d'automne, dans la pénombre des volets clos et l'odeur des marronniers de la cour. C'est, sans doute, notre plus beau moment de l'année.
Gabriel Château, jeune sellier venu du Tarn, ouvre une petite boutique rue de Grenelle. On y répare selles et harnais, on y confectionne les premiers porte-documents.
Sophie Château, fille de Gabriel, dessine le premier sac à main de la maison pour sa tournée au Bon Marché. La forme reste, inchangée, au catalogue.
L'atelier rouvre au 14 rue de Lille. On y entre par une cour pavée, un marronnier, un chat nommé Marcel. Le carré « Libération » est tiré à 400 exemplaires.
Association avec un imprimeur de la rue Mercière pour les premiers carrés 90 × 90. Quinze passages de couleur, roulottage main.
Première boutique hors de France, à Aoyama, dans une ancienne maison de thé. On y sert le café au comptoir de chêne cérusé.
Fondation de l'école interne de maroquinerie : cinq années d'apprentissage, dix apprentis par promotion, enseignement gratuit.
Camille Château-Bourel, arrière-arrière-arrière-petite-fille de Gabriel, reprend la direction artistique. Rien ne change, ou presque.
Chaque pièce signée Maison Château est livrée avec son certificat de fabrication et le nom de la sellière qui l'a cousue. Quel que soit l'âge de la pièce — dix, vingt, cinquante ans —, nous la reprenons en atelier rue de Lille, gratuitement pour les défauts de fabrication, au juste prix de la matière et du geste pour l'usure de la vie.
Refonte de coutures, rempiétement, changement de doublure, reteinture à la main : le service de réparation reçoit près de deux mille pièces par an, dont les plus anciennes datent de 1932.
Au premier étage du 14 rue de Lille, trois salons tendus de toile de Jouy reçoivent sur rendez-vous. Une tasse de café, une table de chêne, un fauteuil Louis-Philippe : l'occasion de regarder ensemble une commande, d'essayer un tailleur ou simplement de prendre conseil — sans obligation, sans presse, sans vitrine.
14, rue de Lille · 7e Arrondissement
26, rue Auguste Comte
4-21-26 Minami-Aoyama, Minato-ku
812 Madison Avenue, Upper East Side
48 Mount Street, Mayfair W1K
Trois à quatre lettres par an, écrites à la main puis retranscrites — nouvelles de l'atelier, pièces nouvelles, invitations en avant-première. Jamais de publicité, jamais d'insistance. On vous écrit comme à un ami qu'on voit rarement.